« L’artisanat s’éteint faute de transmission » : Artizeo mise tout sur les ateliers
Les métiers manuels disparaissent plus vite qu’on ne les remplace. Simon, créateur d’Artizeo, a décidé de changer la donne en connectant artisans et curieux à travers toute la France. Sa plateforme propose des stages pour apprendre la menuiserie, la poterie ou la coutellerie directement auprès de professionnels passionnés.
Un constat qui fait mal
Comment vous est venue l’idée d’Artizeo ?
J’ai grandi entouré d’artisans. Mon grand-père était ébéniste, ma tante céramiste. Ils se plaignaient tous de la même chose : personne ne veut plus apprendre. Les ateliers ferment, les techniques se perdent. J’ai réalisé qu’il manquait un pont entre ceux qui savent faire et ceux qui veulent découvrir.
Vous parlez de transmission. C’est si grave que ça ?
Regardez les chiffres. Des milliers d’artisans partent à la retraite chaque année sans transmettre leur savoir. Le problème n’est pas le manque d’intérêt, c’est l’accès. Les gens ne savent pas où chercher. Ils ignorent qu’à deux pas de chez eux, un tourneur sur bois ou un coutelier accepte de partager sa pratique.
Comment fonctionne votre plateforme concrètement ?
On référence des ateliers partout en France. Vous choisissez votre région, votre discipline et vous réservez. Certains stages durent une journée, d’autres s’étalent sur un week-end. Vous repartez avec votre création et surtout, vous avez vécu quelque chose d’unique. Pas de théorie abstraite, vous mettez les mains dans la matière dès les premières minutes.
Redonner du sens au geste
Quel type de public vous contacte ?
On a de tout. Des trentenaires en reconversion qui testent avant de se lancer, des retraités qui réalisent un rêve de jeunesse, des couples qui cherchent une activité originale. Beaucoup viennent déconnecter. Après huit heures devant un écran, façonner un tabouret en bois change complètement la perspective.
Les artisans jouent le jeu ?
Totalement. Ils sont ravis de partager. Pour eux, c’est l’occasion de montrer leur métier sous un autre angle. Certains découvrent même une nouvelle source de revenus. Un potier m’a confié qu’il gagnait autant avec ses stages qu’avec sa production. Et surtout, il rencontre des gens, il transmet. Ça redonne du souffle à son activité.
Vous proposez quoi comme disciplines ?
La menuiserie reste notre cœur de métier. Mais on développe la coutellerie, la poterie, le tournage sur bois, les ateliers floraux. On explore aussi des savoir-faire plus rares comme la vannerie ou la forge. L’objectif est de couvrir tous les métiers manuels, de la terre au métal en passant par le végétal.
Une révolution douce
Vous croyez vraiment pouvoir inverser la tendance ?
Seul, non. Mais si des centaines de plateformes comme la nôtre émergent, si les régions soutiennent ces initiatives, si les écoles intègrent des modules pratiques, alors oui. L’artisanat ne survivra pas par nostalgie. Il survivra parce qu’il répond à un besoin profond : créer avec ses mains, comprendre comment les choses se fabriquent.
Qu’est-ce qui vous motive au quotidien ?
Les retours. Quand quelqu’un m’écrit qu’il a tout plaqué pour devenir potier après un stage, ou qu’une grand-mère a offert un atelier menuiserie à son petit-fils et qu’ils ont passé un moment inoubliable. Ces histoires me rappellent pourquoi j’ai créé Artizeo. Pour que ces métiers ne deviennent pas des curiosités de musée.
Vos projets pour 2026 ?
Doubler le nombre d’ateliers référencés. Développer des partenariats avec les chambres de métiers. Lancer une application mobile pour simplifier les réservations. Et surtout, continuer à faire découvrir ces artisans qui méritent d’être connus.
Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Essayez. Prenez trois heures de votre vie et allez tourner un bol en terre, forger un couteau, assembler une étagère. Vous verrez le monde différemment après. Et peut-être que vous découvrirez une passion insoupçonnée.
Pour découvrir les ateliers près de chez vous, rendez-vous sur artizeo.com



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