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Le classement des cinq substances les plus addictives et ses surprises

L’interrogation, plus ou moins floue, sujette à bien des débats, auprès des spécialistes de tous bords, sur le potentiel addictif de telle ou telle substance, pour que nous la considérions comme une véritable drogue, méritait des éclaircissements bienvenus. Quel est le seuil de surconsommation au-delà duquel nous pouvons parler de toxicomanie ? Pourquoi les individus ne sont pas égaux et deviennent accros à court, moyen, ou long terme ? Une équipe, sous la direction bienveillante du psychiatre et neuropsychopharmacologue anglais David Nutt, a mené une étude auprès d’un panel d’addictologues, inaugurée en 2007, et a établi, avec sérieux, le triste top 5 des drogues les plus addictives.

Seringue

L’héroïne truste la première place avec le degré de dépendance le plus élevé qui soit

En tête de la liste des substances les plus addictives, l’héroïne, apparaît comme indétrônable, et est considérée comme la drogue qui occasionne la plus de dépendance, avec le score, maximal atteignable, de 3 sur 3, suivant une échelle propre à toute l’étude. Des animaux de  laboratoire ont servi de cobayes, soumis à son administration, et il en ressort des points, tout aussi intéressants qu’inquiétants. Une fois que l’héroïne atteint le cerveau, elle agit rapidement sur les récepteurs opioïdes, et tout particulièrement, sur le système de récompense du cerveau. Elle multiplie par 3 le niveau de dopamine, un neurotransmetteur provoquant une sensation d’intense plaisir, mais au caractère cependant très éphémère (on parle de « rush »). Elle est également très vicieuse, puisque la barrière poreuse, entre la dose nécessaire pour en ressentir les effets apaisants, à la fois sur le plan physique, à la fois sur le plan psychique, et la dose, pouvant causer la mort, est très faible : supérieure de seulement 5 fois, d’où, au-delà de sa haute toxicité, une dangerosité ainsi multipliée.

La cocaïne se classe deuxième, avec une dépendance fulgurante, surtout concernant le crack

En deuxième place, figure la cocaïne (ou chlorhydrate de cocaïne) qui est un psycho-stimulant issue d’une substance d’origine végétale. Elle résulte, en effet, de la transformation de feuilles de cocaïer, un arbre d’Amérique du Sud et d’Afrique de l’Est. Elle est très semblable, au niveau, de son impact sur le cerveau avec l’héroïne : elle interfère directement sur le signal de la dopamine dans le cerveau en l’inscrivant dans la durée. Elle augmente également l’activité dans le système de récompense du cerveau et triple le niveau de dopamine. tout comme l’héroïne. Souvent présentée sous la forme d’une poudre blanche inodore, cette drogue dure, classée dans la famille des stimulants est le plus souvent absorbée et consommée par voie nasale (« sniffer une ligne de coke »), moins souvent par voie pulmonaire (produit chauffé afin d’en inhaler les vapeurs) et/ou intraveineuse (injection avec une seringue). Dans les deux derniers cas, c’est souvent le crack (« free base »), qui est employé.

Les barbituriques, en dehors de leur usage légal et contrôlé, se hissent à la quatrième place

En quatrième position se pointent les barbituriques, ce qui peut paraître quelque peu surprenant, car déviés de leur fonction originelle, et parfaitement légale, sur le plan médicamenteux. Le barbiturique est une molécule dérivée de l’acide barbiturique, dont les utilisations principales en médecine ont pour but d’endormir l’organisme, légèrement ou de façon profonde. Les barbituriques ont un effet sédatif, c’est-à-dire qu’ils diminuent l’activité du système nerveux central. A faibles doses, ils sont tranquillisants, et à fortes doses, ils sont utilisés dans l’anesthésie générale, pour les opérations chirurgicales En raison de leurs effets secondaires importants, et le risque d’accoutumance, leur usage est limité. L’abus de barbituriques peut conduire à un état de forte dépendance, avec la mort au bout.

La très surprenante troisième place de la nicotine, aux effets délétères, sur le long cours

Et, grande surprise, deux substances, parfaitement légales, et que l’on peut acheter librement, sans avoir à se cacher, figurent dans ce fameux top 5. Ainsi, la troisième et cinquième place, échoient respectivement à la nicotine et l’alcool. Principal composant addictif du tabac, la nicotine est considérée comme la troisième substance qui génère le plus de dépendance. L’absorption de nicotine par l’inhalation de fumée de cigarette est très rapide, de l’ordre de quelques secondes. La nicotine atteint le cerveau deux fois plus vite que si on l’administrait par voie intraveineuse au pli du coude. Chaque bouffée inhalée est un shoot à la nicotine et augmente entre 25% et 40% les niveaux de dopamine dans le système de récompense. Pour augmenter encore la dépendance et la consommation du fumeur, les fabricants de cigarettes ajoutent au tabac des substances accélérant l’absorption de la nicotine (ammoniac). L’impact néfaste sur les poumons, et le système cardiovasculaire, est une réalité, à évaluer à juste niveau.

La titubante cinquième place de l’alcool, au potentiel addictif avéré, nous faisant vaciller

Pour finir ce marathon de l’addictologie, nous notons que l’alcool arrive en cinquième, avec un score tout de même élevé de 1,9 sur 3, ce qui le place au coude-à-coude avec la cocaïne en poudre. Il augmente les niveaux de dopamine entre 40 et 360% (oui, vous avez bien lu !) suivant la fréquence, la vitesse, et bien entendu, les quantités absorbées. L’alcool passe directement dans l’estomac et l’intestin, absorbé ensuite par le foie et se propageant ensuite dans tout l’organisme, dont le cerveau. Il est alors métabolisé par le foie en acétaldéhyde, et enfin, en acétate. L’alcool a une dangereuse caractéristique : à l’inverse des autres drogues, elle n’agit pas sur un récepteur spécifique, elle interfère avec la presque totalité des systèmes de transmission cérébraux. Lors d’une alcoolisation avancée, on constate une augmentation de la dopamine, de la sérotonine et des opioïdes endogène, qui eux, sont la traduction positive de l’alcool, son aspect “récompensant”. En revanche, le manque de boisson s’accompagne de leur affaiblissement, et va donc être source de stress, d’anxiété et de dépression chez le consommateur, donc d’une rechute, si l’usager n’effectue pas un sevrage, avec justesse.

Seringue, Pixabay

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