Les professeurs absents pour l’Aïd affichés à La Courneuve par leur directeur

professeurs absents pour aid affiches en public 1

Et si un simple tableau devenait une source d’humiliation publique ?

Je me suis posé cette question en découvrant cette affaire à La Courneuve, où des professeurs absents pour l’Aïd ont vu leurs noms placardés sur la devanture de leur école. Franchement, vous imaginez ? Venir chercher votre enfant à l’école et découvrir un tableau listant les enseignants absents, avec une mention bien visible : « Fête religieuse ». C’est choquant. Je ne suis pas enseignant, mais je me suis tout de suite mis à leur place.


Ce qui s’est passé : un tableau, huit noms, une mention religieuse

ÉcoleDate de l’affichageNombre d’enseignants concernésMotif mentionnéDurée d’affichageRéaction immédiate
Angela Davis, La Courneuve5 juin 20258« Fête religieuse » (Aïd el-Kébir)Environ 1 heureRetrait et convocation de la direction

Une faute, pas un hasard

Ce qui me dérange profondément, c’est que ces absences pour fête religieuse sont un droit. Pourtant, les collègues ont été exposés, sans filtre, comme si ce droit devenait soudain un motif de suspicion. Je comprends totalement la colère des syndicats : pour eux, c’est une atteinte grave à la vie privée, une mise en danger, et même, pour certains, un acte islamophobe déguisé.

Je me souviens d’un collègue qui, lui aussi, s’était absenté un jour pour Yom Kippour. Jamais son nom n’a été affiché avec ce motif. Alors pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ?


Quand la maladresse devient stigmatisation

D’après le rectorat, la direction aurait simplement fait preuve de maladresse. Peut-être. Mais dans une école, on n’a pas droit à ce genre d’erreur. Pas en 2025. Pas avec les tensions sociales qu’on connaît. On ne peut pas ignorer que nommer publiquement une absence religieuse, c’est potentiellement désigner une appartenance. Et quand on pense aux réseaux sociaux, aux raccourcis dangereux, ça peut vite déraper.


Des profs inquiets, des familles partagées

Autour d’un café avec des amis enseignants, on en parlait encore cette semaine. Une amie me disait : « J’ai peur qu’un jour, ce soit moi. Pas pour l’Aïd, mais pour autre chose. Une maladie, un drame perso, et qu’on l’écrive au tableau comme un fait divers. » Elle avait raison. Parce que ce qui est en jeu ici, c’est plus large : la protection de la vie privée dans le cadre scolaire.

Les parents, eux, sont divisés. Certains crient au scandale, d’autres parlent d’un directeur bienveillant mais dépassé, un homme qui n’a pas mesuré les conséquences. Et c’est peut-être vrai. Mais le mal est fait. Des professeurs ont eu peur. Des enfants ont posé des questions embarrassantes. Des familles se sont senties visées.


Ce que l’Éducation nationale a (enfin) fait

Heureusement, une réaction a suivi. Le rectorat a :

  • Retiré l’affichage immédiatement ;
  • Convoqué le directeur pour rappel au droit ;
  • Envoyé une inspectrice sur place pour rassurer et accompagner ;
  • Proposé des aides psychologiques et des conseils de communication.

Mais soyons honnêtes : on répare plus difficilement la confiance que le papier.


Ce qu’il faut retenir et éviter à l’avenir

Informer, oui. Exposer, non. C’est toute la nuance que l’administration scolaire doit apprendre à manier avec plus de tact.

Voici quelques règles simples à respecter pour ne plus reproduire ce genre d’erreur :

  • Ne jamais mentionner les motifs d’absence personnels ou religieux ;
  • Limiter l’information à ce qui est strictement nécessaire pour les familles ;
  • Former les personnels de direction aux questions de laïcité et de confidentialité ;
  • Dialoguer avec les syndicats en amont pour éviter les crises évitables.

Une affaire symptomatique de tensions plus larges

Au fond, ce qui me peine dans cette histoire, c’est qu’elle révèle encore une fois combien la neutralité laïque peut être mal interprétée. Et combien certaines communautés se sentent régulièrement désignées, même involontairement. Ce n’est pas une question religieuse. C’est une question de respect fondamental.

À l’heure où notre école publique est censée être un refuge, l’affaire des professeurs absents pour l’Aïd affichés en public nous rappelle à quel point les gestes les plus banals peuvent devenir blessants quand ils sortent de leur cadre.

Autres articles qui pourraient vous intéresser