Ruth Croft : un film retrace son combat contre la boulimie et l’addiction avant ses victoires à la Diagonale des Fous et à l’UTMB
Ruth Croft : le film qui révèle son combat avant ses victoires en ultra-trail
Comment une championne de trail running peut-elle en arriver à parler de boulimie et d’addiction après avoir remporté les courses les plus exigeantes ? Dans le film documentaire Roots, Ruth Croft revient sur les troubles alimentaires, les blessures et les années difficiles qui ont précédé ses succès à l’UTMB et à la Diagonale des Fous. Son récit rappelle qu’une performance visible ne dit pas tout de la santé mentale d’un athlète.
Le film ne transforme pas son parcours en conte de victoire facile. Il met plutôt en regard la discipline sportive et les fragilités personnelles, sans prétendre que courir suffit à les effacer. Je trouve cette distinction essentielle : les exploits de Croft sont réels, mais ils ne résument pas la personne. C’est aussi ce qui donne à son témoignage sa force, au-delà du cercle des passionnés d’ultra-trail.
| Repère | Ce qu’il apporte au récit |
|---|---|
| Roots | Un film documentaire consacré au parcours personnel et sportif de Ruth Croft. |
| Les difficultés évoquées | Boulimie, addiction, fractures de fatigue et recherche d’un équilibre. |
| Les victoires marquantes | L’UTMB en 2025, puis la Diagonale des Fous quelques jours plus tard. |
| Le fil conducteur | Comprendre ce que les résultats ne montrent pas : le chemin vers la résilience. |
Roots, un film documentaire qui raconte l’envers des performances
Dans Roots, réalisé par Alexis Berg, Ruth Croft évoque une adolescence marquée par des remarques sur son poids, puis des troubles alimentaires qui ont durablement affecté sa relation à son corps. Le récit aborde aussi ses fractures de fatigue et une période de consommation de drogues, sans réduire ces expériences à un simple obstacle sur la route du succès.
Le documentaire dure 53 minutes, un format assez resserré pour rester accessible, mais suffisamment ample pour relier les étapes de sa vie. Un détail donne la mesure de l’impact physique de ses troubles : Croft explique avoir eu ses premières règles à 27 ans. Ce témoignage ne remplace pas un avis médical, mais il rend visible une réalité souvent tenue à l’écart des récits sportifs.
Je retiens surtout le contraste entre le langage des résultats, très net, et celui du rétablissement, rarement linéaire. Une coureuse peut franchir une ligne d’arrivée en tête et continuer à chercher des repères loin des sentiers. C’est cette tension, plutôt qu’une morale simpliste, qui donne au film sa portée.
Boulimie, addiction et santé mentale : regarder au-delà du palmarès
Parler de boulimie ou d’addiction dans le sport de haut niveau reste difficile, notamment parce que l’entraînement valorise le contrôle, l’endurance et la capacité à repousser ses limites. Ces qualités peuvent être précieuses, mais elles ne constituent pas une protection contre la souffrance psychologique. Le témoignage de Croft invite à ne pas confondre rigueur sportive et bien-être.
Imaginez une athlète qui maintient ses séances malgré une fatigue persistante, parce qu’elle craint de perdre sa place ou de décevoir son entourage. Cette situation hypothétique montre pourquoi les signaux d’alerte méritent une attention précoce : isolement, blessures répétées ou rapport anxieux à l’alimentation ne sont pas des preuves de faiblesse. Ils peuvent justifier une conversation avec un professionnel de santé.
- Écouter les changements durables dans l’alimentation, le sommeil, l’humeur ou l’énergie.
- Éviter les jugements rapides sur le poids, la motivation ou la volonté d’un sportif.
- Encourager un accompagnement adapté, médical ou psychologique, plutôt que de présenter l’entraînement comme une solution universelle.
- Distinguer la performance de la personne : un podium ne permet pas de mesurer la santé mentale.
Je considère ce dernier point comme le plus important. Une victoire peut témoigner d’une préparation remarquable ; elle ne prouve pas, à elle seule, que tout va bien.
De l’UTMB à la Diagonale des Fous, une résilience sans récit facile
En 2025, Ruth Croft remporte l’UTMB, puis s’impose à la Diagonale des Fous quelques jours plus tard. Ces deux résultats donnent une dimension particulière au documentaire, dévoilé peu avant la course réunionnaise. Ils ne doivent cependant pas être lus comme la preuve que ses difficultés appartiennent désormais au passé : la résilience n’est pas un interrupteur que l’on actionne après une victoire.
Les deux épreuves illustrent aussi les exigences physiques de l’ultra-trail. L’UTMB représente environ 174 kilomètres autour du massif du Mont-Blanc, tandis que la Diagonale des Fous dépasse les 170 kilomètres à travers La Réunion. Les parcours et leurs dénivelés varient selon les éditions ; dans les deux cas, la gestion de l’effort, de l’alimentation et du repos est déterminante.
Une anecdote de course suffit souvent à rappeler ce que les classements ne montrent pas : derrière une arrivée victorieuse, il y a des heures de décisions minuscules, comme ralentir pour préserver ses jambes ou accepter de s’alimenter malgré l’inconfort. Je ne peux pas déduire de ces gestes l’état intérieur d’une athlète, mais ils donnent une image concrète de la complexité de l’endurance.
Ce que le témoignage de Ruth Croft change dans le regard sur le trail running
Le trail running célèbre volontiers les paysages, les chronos et les dépassements de soi. Le film déplace le regard vers une question moins spectaculaire : à quel prix une athlète poursuit-elle son objectif, et qui l’aide à repérer le moment où l’effort devient dangereux ? En racontant ses expériences, Croft rend ces interrogations légitimes sans faire de son histoire une règle générale.
Je vois dans cette prise de parole un appel à parler du sport avec davantage de précision. La boulimie, l’addiction et les troubles de santé mentale ne se résument ni à un manque de volonté ni à une étape nécessaire vers la réussite. Le parcours de Ruth Croft associe des blessures réelles à des victoires exceptionnelles, et c’est précisément cette coexistence qui rend son témoignage utile.
Pour qui suit l’ultra-trail comme pour qui découvre ses coulisses, Roots invite à regarder au-delà des médailles : Ruth Croft, son combat contre la boulimie et l’addiction, sa santé mentale, sa résilience, le trail running, l’UTMB et la Diagonale des Fous forment une histoire plus vaste que celle d’un palmarès.
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